Le narcissisme à l’épreuve de l’IA

Le narcissisme à l’épreuve de l’IA

Martin JOUBERT (SPP/SEPEA)

Intelligence Artificielle. Le terme met l’accent sur ce que l’homme estime sa plus précieuse possession : l’intelligence. Devenue artificielle, se proposant comme notre amie, toujours positive et encourageante, l’intelligence artificielle alimente un rêve de puissance et d’autonomie propre à l’économie narcissique. Comme elle s’accorde à nos opinions son usage peut être préféré aux relations avec des personnes réelles comme dans le domaine sentimental ou érotique.

De même pour des psychothérapeutes, l’IA est vue comme le soutien à un moi défaillant et vulnérable. Ici, la fonction du manque, du silence dans le travail analytique, semblent avoir disparu. Or, si l’empathie présumée de la machine peut pallier certaines impasses identificatoires du sujet, elles ne sauraient les y confronter.

L’impression de familiarité qui s’en dégage se fait au prix de subtiles distorsions de la réalité. Les limites qu’imposent à l’humain le vieillissement et la mort paraissent abolies par la puissance du virtuel. Finiront-elles par nous aliéner au miroir qui nous est tendu ?

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  • Colloque : Les Grands Cas de la Psychanalyse de l’enfant et de l’adolescent.

  • La pratique psychanalytique contemporaine a considérablement évolué depuis sa fondation. Psychothérapies diverses, individuelles, de groupe, de familles, abord corporel répondent à des besoins cliniques. Cet ouvrage témoigne de la variété et la créativité de la psychanalyse

  • Les récents articles consacrés à la Fondation Vallée et la fermeture précipitée de ses quatre unités d’hospitalisation pédopsychiatrique appellent une réponse mesurée mais ferme de la SEPEA, d’autant que cela a suscité une campagne de remise en cause de la pédopsychiatrie humaine et pas seulement scientifique.  Oui, les enfants hospitalisés doivent être protégés de toute pratique attentatoire à leur dignité. Les témoignages de souffrance méritent d’être entendus et les enquêtes en cours sont nécessaires. Mais il serait grave de laisser sans réponse l’amalgame qui se dessine dans le débat public : celui qui voudrait faire de la référence à la psychanalyse la cause des dysfonctionnements dénoncés, voire de la crise profonde que traverse la pédopsychiatrie française dans son ensemble. Cette caricature est historiquement fausse. Comme le rappelle le Pr Jacques Hochmann, c’est précisément une inspiration psychanalytique, humaniste et pluridisciplinaire qui a permis à Roger Misès de transformer la Fondation Vallée d’un asile archaïque pour enfants dits « arriérés » en un établissement modèle, reconnu internationalement. La psychanalyse, en apportant des éclairages sur l’affectivité et sur la psychogénèse, inhérentes à tout être humain, n’était pas une « fumeuse stratégie interprétative » : elle constituait l’une des sources d’une pratique centrée sur le sujet, attentive à son histoire, à sa famille, à la singularité de son devenir — en dialogue constant avec les apports des neurosciences et de la psychologie du développement. Car c’est là l’essentiel, que nos décideurs semblent oublier : un enfant, puis un adolescent, orienté vers une unité de soins pédopsychiatriques, n’est pas une entité statistique à diagnostiquer et à orienter. C’est un sujet en construction et en développement dont le symptôme exprime moins un état figé qu’une difficulté d’ajustement à un monde encore en grande partie opaque pour lui. Qu’il présente un trouble psychique sévère ou un trouble du neurodéveloppement, son passé fut interactif et son devenir reste ouvert. Le soin digne de ce nom consiste à accompagner ce processus — dans la durée, dans la pluridisciplinarité, en alliance avec sa famille — et non à le réduire à un profil de risque ou à une trajectoire prédite. Nous ne nions pas l’importance d’une démarche diagnostique rigoureuse, ni les attentes légitimes de l’ARS en matière de qualité, d’efficacité et de transparence. Mais diagnostiquer n’est pas soigner. Et une psychiatrie qui se réduit à l’extraction de données, à la gestion des flux et à la réduction des durées de séjour, au détriment du temps clinique et du travail d’équipe, n’est plus une psychiatrie humaniste : c’est, comme le formule le Dr Richard Horowitz, une psychiatrie extractive, qui ferme l’avenir des enfants avant même qu’il ait pu s’ouvrir. La crise de la pédopsychiatrie française est réelle. Elle est documentée — notamment par le rapport de la Cour des Comptes de 2023. Au regard de ce qui en est attendu, elle tient à des années de sous-investissement et d’absence de dialogue : pénurie médicale, raréfaction des professionnels nécessaires aux équipes soignantes pluridisciplinaires, dégradation consécutive des conditions de travail et fragilisation des institutions soignantes. Relevant du service public, elles sont confrontées à des problématiques sociales et environnementales qui s’imbriquent aux difficultés individuelles, affectives et cognitives, des enfants et des adolescents. Ce n’est pas en désignant la psychanalyse, ni même la psychopathologie, comme bouc émissaire, que l’on soignera cette crise. C’est en redonnant aux équipes les moyens, le temps et la légitimité de faire leur métier : accompagner chaque enfant comme un sujet en devenir, dans toute la complexité et la richesse de ce qu’il est.  Annette Fréjaville (SPP SEPEA)Xavier Giraut (SPP SEPEA)  DOCUMENTS ASSOCIÉS Bernard Golse – À propos de la Fondation Vallée : la psychanalyse a bon dos ! Jacques Hochmann – Un amalgame inacceptable : les propos du délégué interministeriel aux troubles neurodéveloppementaux. Richard Horowitz – La psychanalyse extractive face à l’enfance